Retours sur la rencontre Intergalac'Geek

En mi-juin, Reconnexion a participé à une rencontre nommée « Intergalac’Geek », focalisée sur la « convergence du numérique ». Elle s’est déroulé à la suite d’une autre rencontre autour de la plateforme Gard Centrale, sur laquelle se trouve l’appel à communs du département du Gard. Voici un récit de Sébastien, avec un focus sur les informations intéressante pour Reconnexion.

La rencontre s’est déroulée dans un grand éco-lieu en cours de rénovation, la Fabrègue. Située à seulement 10 minutes à pied du Vigan, il s’agit d’une ancienne grande ferme, avec 1500m2 de bâti, une grande cour intérieure et beaucoup de verdure. C’est un projet cousin de la fameuse Ressourcerie du Pont, un lieu emblématique du Vigan. C’est aussi là qu’habitent Uto et Antoine, qui sont les inspirateurs et les hôtes de la rencontre.

Parmi les participants, il y avait également Florian, le développeur principal de YesWiki, venu de Moscou où il réside depuis 13 ans; Laurent Marseault, un autre contributeur important de YesWiki qui travaille en ce moment avec Olivier Hamant sur le projet La Robustesse; Lilian Ricaud, co-créateur des Métacartes; Thomas, co-fondateur avec Jean-François Noubel du projet Holosapiens en cours de lancement; Vivien, membre actif de la monnaie libre et d’Axiom Team; Florent Gaudin, salarié du CTC; et enfin Jean-Luc, qui propose des ateliers de dégafamisation dans le Gard.

Les cartes numériques éthique

Nous avons commencé le mercredi après-midi en faisant un tour de table et en exprimant nos intentions pour la résidence. A un moment Lilian Ricaud a proposé qu’on exprime quelles sont, pour nous, les aspects les plus importants du numérique en se basant sur le jeu de carte « Numérique éthique » qu’il a co-développé, et plus particulièrement les ingrédients « Critères » qui peuvent être consultés sur cette page: https://www.metacartes.cc/numerique-ethique/ingredients/

Ce fut un exercice très intéressant afin de prendre en compte l’ensemble des problématiques du numérique. Presque toutes les problématiques illustrées par les cartes furent choisi par les personnes présentes. Beaucoup de ce critères étaient en lien avec l’interopérabilité ou le respect de la vie privée, qui sont des thèmes chers à Reconnexion. Mais il y avait aussi tout un pan autour de l’ergonomie et de la convivialité, qui est aussi vital si on veut créer des outils qui sont au service de l’humain (et non le contraire).

Ce qui est ressorti particulièrement, c’est que la notion de logiciel libre est très insuffisante pour rendre compte des enjeux qui existent autour du numérique (d’ailleurs il s’agit d’une seule des « cartes ingrédients »). Lors des dernières Journées du Logiciel Libre, il y a eu une conférence sur ce sujet qui a été très appréciée et qui fut mentionnée à plusieurs reprises pendant cette rencontre: https://videos-libr.es/w/vDxFaTyBEj73Jpk8wMAiSR

Un terme qui semble plus fédérateur serait celui de « Communs numériques ». D’ailleurs, du point de vue de Reconnexion, un logiciel n’est pas un « commun numérique » si les données et utilisateurs ne peuvent pas circuler librement. Du code ouvert c’est bien, mais si les données sont enfermées dans des silos, ne reproduit-on pas le modèle des espaces clôturés, qui ont marqués la fin des communs au Moyen-Âge ?

Nous avons évoqué l’idée de rédiger ensemble un manifeste, un peu sur le modèle des Rencontres internet d’Autrans auxquelles avait participé Laurent Marseault dans son jeune âge, et qui se terminaient toujours par la publication d’un manifeste. Serait-ce un manifeste pour des véritables communs numériques ?

Souvenirs du futur

Le lendemain matin, nous avons pu vivre un « souvenir du futur » animé par Antoine. Le processus proposé était simple: un temps de 10 minutes pour réfléchir seul à comment on imagine la société en 2042, puis on se mettait à deux pour échanger sur ce qu’on avait imaginé, puis à quatre, et enfin on se retrouvait tous ensemble et les deux groupes partageaient leur vision, en la notant au fur et à mesure sur un paperboard.

Ce qui m’a le plus parlé, c’est l’idée d’un point de rupture, du au fait que les gouvernements tente de surveiller tous les citoyens (la directive votée ces jours-ci sur Chat Control montre que c’est un sujet). Autour de 2030, cela crée une forte réaction, d’abord avec un exode massif des grandes plateformes de « réseaux sociaux », puis par une volonté des citoyens de contrôler ce que font les gouvernements.

Plus concrètement, « la peur change de camp » grâce à des médias citoyens vraiment décentralisés (mais interopérables) qui permettent de faire sortir rapidement des informations importantes sur les agissements des citoyens. Les « likes » ne sont plus simplement de la nourriture pour des algorithmes obscurs, ils deviennent un véritable moyen de mettre en avant des informations importantes. Des observatoires se démultiplient, et ils sont financés grâce à de l’épargne citoyenne, car la population a compris qu’en laissant leur argent sur des livrets A, ils soutenaient ce qui les détruit.

Ce qui a plus particulièrement émergé de ma propre vision, c’est le sentiment qu’en 2042 le numérique n’a plus rien à voir avec celui qu’on connait aujourd’hui. Chacun utilise quelques applications qui l’aident à se connecter aux autres et à échanger. L’information est vraiment libre, mais aussi la monnaie (une abondance de monnaie type June qui circule librement) et les voix (avec une représentation type « démocratie liquide »). Le numérique est devenu un outil de démocratie.

D’ailleurs dans les deux groupes, la notion de « démocratie réelle » était central. L’autre groupe avait vu des « stopservatoires », des « écolaboratoires » (éco + école + laboratoire) et des débats citoyens sur l’éthique. Notre groupe a pensé à des « conventions citoyennes sur le numérique ». Le numérique n’est plus quelque chose que nous subissons, son développement et son orientation est décidé en commun, en fonction des besoins et des attentes de la population.

Convergence et divergences

Suite à ce « souvenir du futur », nous avons réfléchi à des projets sur lesquels nous pourrions travailler collectivement pour nous rapprocher de ce futur désirable. Une liste a été établie (elle doit encore être publiée).

Il est ressorti un certain décalage entre, d’une part, les personnes qui souhaitent répondre rapidement aux besoins, très nombreux, des acteurs du terrain, et d’autre part celles qui aimeraient qu’on choisisse des outils réellement adaptés à nos objectifs.

Je faisais naturellement partie de ceux-là, ayant essayé depuis 2018 de proposer des outils favorisant l’interopérabilité et donc la coopération entre des organisations, mais m’étant sans arrêt heurté à la complexité (et la fragilité) des solutions proposées… jusqu’à ce que le projet de Réseau Social Universel se dessine comme une sorte de solution ultime.

Le consensus qui a été trouvé, c’est que tout le monde est d’accord que le Réseau Social Universel (qu’il se réalise avec NextGraph ou avec d’autres technologies comme Holochain) est ce vers quoi nous voulons tous aller. Mais il y a des tactiques différentes pour atteindre ce but.

Le jeudi dans l’après-midi certaines personnes sont parties et nous nous sommes retrouvés en plus petit comité. Il y avait une demande de mieux comprendre les limites que je percevais au niveau de l’interopérabilité, alors j’ai repris les diapositives que j’avais utilisée pour le webinaire Mythes et illusions autour de l’interopérabilité. Dans la suite, j’ai fait de même pour le webinaire de mai sur NextGraph, ce qui fut l’occasion de partager les particularités de cette technologie.

Exploration du réseau social universel

Le vendredi matin, nous avons fait un dernier atelier qui a été particulièrement inspirant. L’idée était d’imaginer des applications novatrices sur le futur Réseau Social Universel. Comme ce type d’atelier n’avait pas toujours été très productif, j’ai eu l’idée de partir des types de données qui pourraient être stockées dans le porte-donnée, et puis à partir de là d’imaginer les applications qui pourraient utiliser ces différentes données pour répondre à des usages nouveaux.

Ayant été inspirés par les cartes de Lilian Ricaud, nous avons manifesté les types de données sous forme de cartes (bleues ou vertes) et les applications sous d’autres types de cartes (rouges). Cela a donné des résultats très intéressant comme l’atteste la synthèse générée par IA, et la photo finale ci-dessous:

Ce qui est chouette, c’est que YesWiki intègre déjà la possibilité de créer des cartes, ou plus précisément des wikicartes, sur le même modèle des métacartes de Lilian Ricaud. L’après-midi, j’ai commencé donc à travailler sur des cartes « types de données » qui pourraient être utilisées lors d’ateliers pour réfléchir à des applications novatrices. Nous pourrions aussi imaginer des cartes plus transversales ou des cartes qui expliquent les concepts fondamentaux du Réseau Social Universel.

Suites

Cette rencontre avait été annoncée comme celle des « Intergalac’geek » et c’est sous cette appellation que le groupe ainsi formé a décidé de continuer. En version longue, je dirais bien « Les Intergalac’geek qui viennent du futur pour soutenir l’émergence des communs numériques ». :wink:

En tout cas, un site web a été publié (avec YesWiki bien sûr) et parmi les projets retenus, il y a celui d’une rencontre d’ici à une année avec une communauté plus large de développeurs et d’autres enthousiastes du numérique.